« Former ici et travailler ici ». C’est par ces mots que Rebecca Siber, Directrice Déléguée Régionale d'Orange en Guyane et Allyx Fontaine, maître de conférences en informatique à l'Université de Guyane et membre de l'unité de recherche UMR Espace-Dev, résument l’ambition du premier master consacré à l’intelligence artificielle et à la cybersécurité de l’Université de Guyane. Un master aujourd’hui inédit sur le continent sud-américain. Soutenue par un consortium de douze entreprises du territoire, dont Orange Antilles-Guyane, cette formation supérieure entend répondre à un double enjeu : former des experts en Guyane mais aussi leur donner la possibilité d'y trouver des débouchés professionnels.
Vingt étudiants, sélectionnés parmi 169 candidats, ont fait leur rentrée en septembre dernier à l’université de Cayenne. Venus de Guyane, de l’Hexagone ou encore du Bénin, chacun présente des profils et des parcours variés. La formation est ouverte en alternance et le rythme est soutenu. Les étudiants alternent entre deux semaines à l’université et deux semaines en entreprise. Les débouchés semblent être déjà au rendez-vous. Une trentaine d’entreprises ont manifesté leur intérêt pour accueillir des alternants.

Au-delà des enseignements théoriques, les étudiants travaillent en travaux pratiques et en mode projet sur des problématiques directement liées aux réalités guyanaises et amazoniennes. Ils planchent sur le spatial, la santé tropicale, la biodiversité, les ressources naturelles ou encore les télécommunications dans les zones isolées.
Un large écosystème autour du projet ACAI
Lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt « Compétences et Métiers d’Avenir » (CMA), financé dans le cadre de France 2030, le projet ACAI (Amazonian Cybersecurity and Artificial Intelligence) est porté par l’Université de Guyane. Il regroupe plusieurs acteurs institutionnels et économiques du territoire parmi lesquels le Centre national d’études spatiales (CNES), le MEDEF Guyane, la Communauté de communes de l’Ouest guyanais (CCOG), le Centre hospitalier universitaire de Guyane (CHU Guyane), la Collectivité territoriale de Guyane (CTG) ou encore Orange Antilles-Guyane qui « intervient dans des actions de sensibilisation à la cybersécurité sur tout le territoire », souligne Rebecca Siber.
Une ouverture progressive vers l’international
Allyx Fontaine, qui porte ce projet universitaire, est convaincue que l’avenir de ce master se joue aussi au-delà des frontières de la Guyane : « L’objectif, c’est d’envoyer nos étudiants à l’étranger et aussi de recevoir des étudiants étrangers. À terme, notre objectif est d’avoir tous les cours en anglais pour pouvoir accueillir des étudiants de la Caraïbe, du plateau des Guyanes et d’Amérique du Sud », explique-t-elle.
Un master en phase avec son bassin d’emploi
Pour Rebecca Siber, la cybersécurité et l’intelligence artificielle concernent désormais l’ensemble des secteurs d’activité de Guyane. Ces technologies sont présentes aussi bien « dans les hôpitaux, les mairies, les entreprises. Il faut de vrais experts qui savent protéger. », souligne-t-elle.

Au-delà de la création d'un nouveau diplôme, c'est bien la question de l'ancrage des compétences sur le territoire qui se pose. Jusqu'ici, certaines entreprises guyanaises devaient faire appel à des experts venus de l'extérieur pour répondre à leurs besoins en intelligence artificielle ou en cybersécurité, précise la directrice déléguée régionale d’Orange.
En choisissant de limiter pour l'instant les promotions à vingt étudiants, l'Université et ses partenaires entendent conserver un équilibre entre formation et débouchés sur le territoire. Mais le projet est plus ambitieux et le dispositif sera élargi aux professionnels, avec le développement à terme d’une offre de formation continue.


